La littérature croate

Racines médiévales

La littérature croate naît dans les scriptoria glagolitiques du littoral, où se copient missels, légendaires et chroniques. Le vers religieux et les mystères joués sur les parvis constituent l'essentiel de la production jusqu'au XVe siècle. La Dalmatie, ouverte sur l'Italie, y ajoute une poésie savante nourrie de modèles latins.

Humanisme dalmate

Marko Marulić, né à Split en 1450 et mort en 1524, publie Judita en 1501, poème épique composé en tchakavien qui lui vaut le titre de père de la littérature croate. Son œuvre latine, notamment De institutione bene vivendi, circule dans toute l'Europe. Autour de lui gravitent des poètes de Dubrovnik, de Hvar et de Zadar qui adaptent Pétrarque à la langue vernaculaire.

Théâtre et baroque ragusain

Marin Držić, actif à Dubrovnik entre 1508 et 1567, donne à la comédie croate ses premières grandes pièces, dont Dundo Maroje, satire des marchands et des valets. Un siècle plus tard, Ivan Gundulić, disparu en 1638, compose Dubravka et l'épopée Osman, sommet du baroque en langue croate. La république de Dubrovnik entretient alors une vie littéraire d'une densité rare sur l'Adriatique.

Romantisme et réalisme

Ivan Mažuranić publie en 1846 La Mort de Smail-aga Čengić, poème qui prolonge l'épopée populaire. August Šenoa, né en 1838 et mort en 1881, installe le roman historique et le roman de mœurs avec L'Or de l'orfèvre, paru en 1871. Ses successeurs explorent la province, la petite bourgeoisie et les campagnes de Slavonie.

Modernité et Krleža

Antun Gustav Matoš, mort en 1914, renouvelle la poésie et la critique au contact de Paris. Tin Ujević impose ensuite une voix lyrique singulière. Miroslav Krleža, né en 1893 et mort en 1981, domine le siècle avec Le Retour de Philip Latinowicz en 1932, les Ballades de Petrica Kerempuh en 1936 et le cycle dramatique des Glembay.

Voix contemporaines

Ranko Marinković, auteur du roman Kiklop, prolonge la tradition insulaire d'une prose ironique et dense. Depuis les années 1990, Slavenka Drakulić et Dubravka Ugrešić ont porté hors des frontières une écriture attentive aux bouleversements politiques et à l'exil. Les maisons d'édition de Zagreb, de Split et de Rijeka soutiennent une production abondante dont une partie parvient au lecteur français.