Histoire de la Croatie

Arrivée des Croates et premiers princes

Les tribus croates s'installent au VIIe siècle entre la Save, la Drave et l'Adriatique, sur des terres profondément marquées par Rome, comme le rappellent l'amphithéâtre de Pula et le palais que l'empereur Dioclétien fait élever à Split vers l'an 300. La christianisation avance au fil des deux siècles suivants et donne au pouvoir local un appui décisif. En 879, le pape Jean VIII reconnaît le prince Branimir, ce qui confère au duché croate une première légitimité aux yeux de l'Occident.

Royaume médiéval et union avec la Hongrie

Tomislav porte le titre royal vers 925 et rassemble la Croatie littorale et la Pannonie sous une même autorité. Après l'extinction de la dynastie nationale, les grands du royaume acceptent en 1102 une union personnelle avec la Hongrie sous le roi Coloman. La Croatie garde son assemblée, le Sabor, sa noblesse et son ban, tandis que les villes dalmates passent tour à tour sous l'influence hongroise et vénitienne. Dubrovnik suit une voie séparée et maintient sa république marchande jusqu'en 1808.

Poussée ottomane et choix habsbourgeois

La défaite hongroise de Mohács, en 1526, ouvre une longue période de guerres. Réunis à Cetin en 1527, les nobles croates élisent Ferdinand de Habsbourg et placent le pays dans l'orbite de Vienne. La Frontière militaire se met alors en place, vaste glacis administré par l'armée et peuplé de soldats paysans venus de plusieurs horizons. La bataille de Sisak, en 1593, freine l'avance ottomane, et la paix de Karlowitz, en 1699, ramène la Slavonie sous autorité habsbourgeoise.

Éveil national et compromis austro-hongrois

L'occupation française instaure les Provinces illyriennes entre 1809 et 1813 et diffuse des idées neuves sur la langue et l'administration. Dans les années 1830, le mouvement illyrien animé par Ljudevit Gaj travaille à unifier l'orthographe et à forger une conscience culturelle commune. Le compromis croato-hongrois de 1868 rend au pays une autonomie interne, sans mettre fin aux tensions avec Budapest.

Yougoslavies successives

La chute de l'Autriche-Hongrie conduit en 1918 à l'État des Slovènes, Croates et Serbes, puis au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, rebaptisé Yougoslavie en 1929. L'invasion de l'Axe entraîne en 1941 la création de l'État indépendant croate, régime oustachi placé sous tutelle allemande et italienne, auquel s'oppose le mouvement partisan. En 1945 naît la Yougoslavie socialiste, dont la Croatie constitue l'une des six républiques. Le Printemps croate de 1971 réclame plus d'autonomie avant d'être réprimé.

Indépendance et conflit armé

Les premières élections pluralistes se tiennent au printemps 1990. Un référendum organisé en mai 1991 approuve largement l'indépendance, que le Sabor déclare le 25 juin 1991 et rend effective le 8 octobre. Des combats opposent alors les forces croates à l'Armée populaire yougoslave et aux formations serbes de Croatie, avec le siège de Vukovar à l'automne 1991 et le bombardement de Dubrovnik. Une force de paix des Nations unies se déploie en 1992, année où la Croatie est reconnue par la Communauté européenne puis admise à l'ONU. Les opérations Éclair et Tempête, menées par l'armée croate en mai et en août 1995, modifient le tracé des lignes. L'accord d'Erdut, signé en novembre 1995, prévoit une administration transitoire de la Slavonie orientale, réintégrée en 1998.

Ancrage euro-atlantique

La reconstruction et les réformes conduisent le pays vers les institutions occidentales. La Croatie entre dans l'OTAN en 2009, adhère à l'Union européenne le 1er juillet 2013, puis adopte l'euro et rejoint l'espace Schengen le 1er janvier 2023.